Un Duc en prison
Il y a un peu plus de cinq siècles, le 27 mai 1508, s’éteignait l’un des prisonniers les plus célèbres de la prison royale de Loches, Ludovico Sforza, dit « Il Moro ».
Avant ce triste et ultime statut, le duc de Milan fut surtout une figure majeure de la Renaissance Italienne.
Descendant d’une famille de Condottieri, chefs mercenaires en quête de gloire dans une Italie divisée en états rivaux, c’est son père Francesco qui était parvenu à s’emparer du trône ducal au détriment de la famille Visconti.
Soupçonné d’avoir empoisonné son neveu Gian Galeazzo afin de s’attribuer le pouvoir, Ludovico eut à cœur de faire rayonner la cour Milanaise en se faisant le mécène des artistes les plus renommés de son temps. A sa cour s’épanouirent de grands noms tels que Donato Bramante, futur architecte de la Basilique Saint-Pierre de Rome, et Léonard de Vinci, pour ne citer que les plus célèbres.
Mais dans un souci constant de faire reconnaître sa légitimité en tant que Duc par les puissants, Ludovico Sforza fut aussi un grand intrigant. Le véritable double jeu qu’il joua auprès d’autres souverains comme l’empereur Maximilien Ier, le pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia), ou encore le roi de France Charles VIII, nécessitait de maintenir un équilibre de plus en plus délicat.
Un rival pour la France
Et c’est en cherchant à éliminer le royaume de Naples, son rival, que Ludovico Sforza devint l’artisan de sa propre chute. Parce qu’il a soutenu le roi Charles VIII dans sa conquête de Naples, Ludovico Sforza est souvent tenu pour responsable du déclenchement des Guerres d’Italie, qui dureront plus de 60 ans.
Bien qu’ayant lui-même fini par prendre les armes contre les Français, il dut faire face aux ambitions du nouveau roi Louis XII, héritier de la dynastie Visconti, et revendiquant le duché de Milan.
Les manigances de Ludovico Sforza le conduisirent à sa perte lors du siège de Novare en 1500. Espérant gagner du temps dans l'attente de renforts, Ludovic Sforza dit à ses troupes qu'il les suivrait en Suisse, tout en déclarant aux Français qu'il acceptait de se rendre. Alors que ses propres mercenaires Suisses voulaient l’exfiltrer afin d’en obtenir une rançon pour eux-mêmes, Ludovico Sforza, déguisé en piquier, aurait été reconnu à son visage joufflu et à sa démarche maladroite (possible séquelle d'une chute de cheval) parmi 7000 soldats.
Un chef d'État au donjon de Loches
Dès lors, sa vie ne fut plus que détention. Après avoir connu les prisons de Pierre-Encise, Lyon et Lys-Saint-Georges, c’est au donjon de Loches qu’il passera les 4 dernières années de sa vie. Malgré des tentatives d’évasion, et une timide demande de l’empereur Maximilien pour sa libération, Louis XII ne le libèrera jamais.
Détenu dans des conditions assez appréciables pour l’époque (cheminée, latrines personnelles, sorties sous escortes…), la cause exacte de son décès n’est pas connue.
Inhumé à la collégiale ?
Après avoir été inhumé dans l’église collégiale de Loches, sous la même dalle qu’un capitaine de la forteresse, le Baron de Lescouët, la tombe fut effacée avec le temps. C’est en 2024, après deux ans et demi de travail minutieux, que les archéologues du service d‘archéologie départemental d’Indre-et-Loire messieurs Pierre Papin et Matthieu Gaultier, ramènent la lumière sur la dépouille du Duc de Milan.
Après une datation au radiocarbone, l’analyse des ossements et des analyses physico-chimiques d’isotopes, il s’avère que le sujet F617 correspond à un homme entre 40 et 60 ans, non-natif de la région de Loches, et décédé entre 1440 et 1562.
Très probablement le squelette de Ludovico Sforza. Mais rigueur scientifique oblige, il n’est pas permis de l’affirmer à 100%, en raison de l’état dégradé des ossements et de l’inexistence de descendance directe pour comparaison.
Les futures méthodes et technologies permettront-elles de lever le dernier voile sur le devenir de sa dépouille ? L’avenir nous le dira.
En attendant, vous pouvez toujours venir admirer ses graffitis colorés dans l’un des cachots de la tour du Martelet de Loches.
Texte : Alexandre Sauvanet-Kopek / CD37


